Lucien Lombet et le portrait Noir et Blanc

               Cela peut paraître étonnant mais dans cette discipline artistique, le photographe ne va pas seulement et uniquement à la rencontre d’un visage! Dans le portrait, il faut tendre à rendre l’authenticité de la personne photographiée car chacun de nous est unique, seul dans son genre …. et cela, il faut le respecter! Cela demande de prendre son temps et de mettre sa sensibilité à l’oeuvre, au service du besoin d’aller vers l’autre.

              La patience s’impose car on aborde une personne inconnue; il faut parler avec elle, communiquer, partager des choses de la vie et ainsi essayer de comprendre comment elle vit, elle pense, elle agit. Tout cela prend du temps …. afin qu’un échange, un partage, un accord s’installent entre le photographe et le modèle. En d’autres termes, observer la personne, être avec elle en communion, sans ingérence, en la respectant totalement.

              Pour le portraitiste, il est important de saisir la lumière émanant de la personne, lumière réfléchie qui sculpte le visage, le buste et les mains, le volume du corps, la texture de la peau et des vêtements, le graphisme des traits, les brillances et le pétillement des yeux qui traduisent la vie intérieure.

              La bonne démarche est de faire passer au second plan les notions techniques, qu’il faut cependant maîtriser, afin de se concentrer sur l’esthétique photographique : traduire les matières avec la lumière, capter les attitudes pour révéler la personnalité.

              Côté technique, il faut avoir à portée de main un bon trépied, un appareil avec une optique de qualité, une cellule photoélectrique, une bonne source lumineuse (soit la lumière du jour, soit une lampe avec souvent un réflecteur ; plus rarement le flash). N’oublions pas cependant que l’appareil n’est pas l’élément principal ; avec la lumière captée, il n’est qu’un outil, un « raccourci technique » entre le photographe et le modèle pour atteindre le portrait final.

              L’important est de fixer l’instant privilégié qui valorise avec noblesse l’humanité de la personne photographiée. Deux éléments essentiels dans la constitution du portrait final sont la mise en page (souvent dans une construction en triangle) et l’harmonie entre les clairs obscurs très présents, accompagnés de blanc pur et de nuances glissant des gris clairs aux gris sombres pouvant aller jusqu’au noir absolu.

              Il arrive même de rencontrer un modèle avec lequel une « magie » opère et permet d’aller au-delà du portrait classique. A ce moment, on peut s’écarter des conventions et des approches habituelles. Alors, une série photographique complète peut voir le jour afin de développer l’étude de la lumière faisant ressortir le graphisme des traits, la plasticité, les textures, les volumes, les matières, le regard.
Une certaine abstraction s’installe et dans certains portraits, le visage devient même un paysage !

              Une bonne formation en Académie est primordiale. Ensuite, un long cheminement est nécessaire afin d’intégrer l’héritage de l’enseignement des professeurs en vue de trouver et de tracer sa propre voie, d’affiner sa propre démarche.

              Le portrait est une discipline complexe, fascinante au sein des arts plastiques et graphiques; il a toujours occupé une place de choix dans les collections. Beaucoup de portraits sont présents dans les musées car c’est un genre important en peinture ; le développement de la photographie est venu compléter et enrichir cette démarche artistique.

              Il faut aller voir de nombreuses expositions (peintures / dessins / photographies) afin de se sensibiliser à toutes les approches (classiques et/ou contemporaines) de cet art. Cette importance s’explique par le fait qu’au travers du portrait, on touche à l’essence de notre condition humaine.